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La notion de dette?

S'appuient sur l'historique des prix de l'or et de l'agrégat monétaire M3. Le malheur dans ce raisonnement est que cette masse monétaire n'a pas du tout le même contour hier et aujourd'hui. Par ailleurs, les chiffres d'avant-guerre manquent cruellement de présence sinon de fiabilité.

M3 est un agrégat monétaire qui recouvre grosso modo « les dépôts de maturités courtes et longues sous des formes d'instruments monétaires très divers. Pour comprendre pourquoi M3 ne peut rien nous apprendre, il faut s'intéresser à ce rôle d'actif ultime que l'or a joué dans l'Histoire de la monnaie -- et, avant toute chose, comprendre ce qu'est une monnaie ».

 

La monnaie, est une abstraction née du besoin de comparer et de calculer des dettes et des crédits. La notion de dette est née bien avant que la représentation de la monnaie sous forme métallique voit le jour. Pendant des siècles nos ancêtres ont, par exemple, enregistré la dette de Pierre vis-à-vis de Paul sur un bâton, dit "de taille" car couvert d'encoches symbolisant la transaction.

 

Historique :

 

De tout temps, il a fallu une unité monétaire, c'est-à-dire un étalon de référence pour pouvoir comparer la valeur des choses entre elles et les symboliser sur ces reconnaissances de dette.

Les millénaires passant, « les Etats souverains » ont aménagé ces reconnaissances de dettes en les signant par l'incrustation du profil du suzerain. Par cette marque, le pouvoir en place affirmait (et continue de nos jours à l'affirmer) qu'il reconnaissait être le débiteur du porteur de cette pièce, qu'elle soit faite d'or, d'argent, de cupro-nickel, de cuivre, d'aluminium, ou bien de ce papier sur lequel est écrit 50 euros. « Sans dette initiale de l'Etat souverain, point de monnaie. Sans confiance dans le titre de dette, point de monnaie ». Dans son livre Debt : The First 5 000 Years [NDRL : "La dette : les 5 000 premières années"], l'anthropologiste américain David Graeber l'exprime ainsi : "la valeur de la monnaie n'est pas la mesure de la valeur d'un objet, mais la mesure de la confiance que l'on place dans les autres".

 

Pendant plus de deux millénaires, cette dette initiale était gagée sur la promesse d'obtenir en échange quelque chose d'une valeur comparable. Plus la valeur de cette dette augmentait, plus la promesse devait être crédibilisée. C'est pour cette raison que le célèbre Napoléon 20 francs est en or alors que le 5 francs de la même époque est en argent ou que les 10 centimes ne sont faits que de bronze. Plus la dette était élevée, plus l'objet symbolique, la pièce, devait avoir une "valeur" crédible en rapport avec cette dette. L'avènement de la monnaie papier, forme moderne de monnaie fiduciaire, ne devait rien changer à cette problématique.

 

L'or, le garant de valeur par excellence


Lorsque la confiance du public s'est évaporée, le papier a été délaissé pour le métal parce que depuis des millénaires, les civilisations qui se sont succédé ont reconnu la valeur intrinsèque et universelle de ce métal et qu'il est accepté comme une forme ultime et sans contrepartie de paiement d'une dette. Ce qui vaut pour les individus entre eux vaut pour les Etats entre eux.

En 1999 Alan Greenspan, tristement célèbre comme président de la Fed, déclarait devant le Congrès des Etats-Unis : "[...] l'or représente toujours l'ultime forme de paiement dans le monde. Dans les situations extrêmes, la monnaie papier n'est plus acceptée par personne alors que l'or l'est toujours, considéré comme dernier moyen de paiement, élément de stabilité de la monnaie et ultime valeur de la monnaie. Historiquement ceci a toujours été la raison pour laquelle les gouvernements ont détenu de l'or".

 

En 2012, sur son site internet, la banque centrale d'Allemagne tient ce même discours : "l'or représente une part importante des réserves de la Bundesbank. Une des fonctions de l'or a toujours été d'apporter stabilité et confiance, représentant une alternative aux réserves de devises en tant qu'avoir tangible. C'est un atout essentiel pour ancrer la confiance dans la monnaie".

 

Jusqu'en 1971, date à laquelle les Etats-Unis ont unilatéralement coupé le lien entre le dollar et l'or, « une monnaie était appréciée à l'aune des stocks de métaux précieux détenus par l'Etat souverain qui l'émettait. Un déséquilibre entre le niveau des stocks d'or ou d'argent et la masse de billets en circulation laissait naître, auprès des nations créditrices de ce pays, un doute sur sa capacité à honorer ses dettes -- c'est-à-dire à restituer sous une forme ou sous une autre la valeur initiale de ses engagements. Chaque monnaie nationale n'est rien d'autre qu'un étalon de valeur différent permettant de mesurer la même chose. Pour assurer la confiance dans leur monnaie, les Etats entretenaient des stocks de métaux précieux affichant ainsi leur crédibilité à honorer leurs dettes ».

 

La seule façon d'approcher ce que pourrait être l'objectif de la hausse des métaux précieux serait, selon moi, de tenter un rapprochement de la situation actuelle, qui trouve ses origines dans une profonde crise de liquidité mais une crise de confiance dans le dogme néolibéral, avec des époques à peu près équivalentes au cours desquelles l'or a joué un véritable rôle de thermomètre de la confiance monétaire.

 

 L'exercice est donc difficile et subjectif : il s'agit de déterminer un niveau en deçà duquel la confiance s'évaporerait. Cette défiance peut venir de deux côtés : des créditeurs nationaux d'une part, et des créditeurs étrangers d'autre part. Historiquement les deux ont joué un rôle dans la détermination du niveau des réserves.

 

Quel est le niveau de confiance actuel en la monnaie fiduciaire ?


"Taux de couverture statutaire en or" : les taux de couverture en or pratiqués par plusieurs pays à l'époque de l'étalon-or, de 1880 à 1914, et aux deux périodes de l'étalon de change-or (deux variantes assez similaires de 1923 à 1972). La couverture était alors calculée par rapport à la monnaie en circulation et aux dépôts. Pour être en mesure de comparer la situation actuelle avec celle de l'époque, il faut déterminer le montant que représentent monnaie et dépôts. Ce montant se situe entre le périmètre de la masse monétaire M1 et celui de M2.

 

Le true money supply (TSM) ou "masse monétaire réelle" est l'agrégat qui donne de la disponibilité de la monnaie. Il a été défini par Murray Rothbard, un économiste américain, théoricien de l'école autrichienne. En confrontant cette masse monétaire TSM au stock de métaux précieux détenus par un Etat souverain, on obtient la couverture réelle de la monnaie par un actif tangible.

 

A partir de là, il est possible de prendre quelques points de repères pour l'avenir et d'estimer un niveau de prix de l'or exprimé en dollars, yens ou euros selon le taux de couverture qui sera atteint pour "redonner confiance" dans la monnaie.

 

L'autre point de vue est celui des étrangers
En situation ultime, ceux-ci évaluent la crédibilité de la monnaie qu'ils détiennent à la lumière des stocks d'actifs tangibles détenus. Dans son ouvrage prémonitoire, L'or et la crise du dollar, publié en 1961, Robert Triffin donne quelques historiques sur les avoirs d'or américains et le montant de dollars détenus à l'étranger.

 

Selon d'autres sources, le divorce entre le dollar et l'or aurait été prononcé par Nixon, en 1971, alors que la couverture par l'or des avoirs en dollars détenus à l'étranger approchait de 21%. Ceci constitue un bon repère. En effet, le FMI publie régulièrement la situation des engagements en devises hors du territoire d'émission. Cette statistique porte le doux nom de COFER (pour Currency composition of official foreign exchange reserves).

A partir de ces éléments, il est possible de rapprocher les deux époques et de comparer le niveau de couverture des réserves actuelles de dollars avec celui d'avant 1971.

Deuxième phases : La mainmise des marché financiers dés 1973 17 Septembre 2011 Par Vivre est un village

L'accroissement de la dette publique repose sur le fait que les États européens sont obligés d'emprunter sur les marchés financiers. En France, une réforme de la Banquede France est votée en 1973 sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing, ministre des finances de Georges Pompidou (1). Elle interdit au Trésor public d'emprunter directement à la banque de France à des taux d'intérêt nul ou très faibles.La Banque de France ne peut donc plus financer les déficits publics par de la création monétaire. Le gouvernement français est dès lors obligé de faire appel aux marchés financiers, c'est à dire à des banques privées, et ce à des taux d'intérêt relativement élevés.

 

Deux raisons militent pourtant pour que la collectivité puisse maîtriser ce pouvoir de création monétaire. La première est qu'une économie qui se développe exige une quantité de monnaie supplémentaire pour permettre l'investissement net, et cela en sus des sommes provenant de l'impôt. La seconde est que l'investissement public joue un rôle décisif pour réorienter les activités afin d'assurer un reconversion écologique de l'économie tout en répondant aux besoins sociaux. Cependant, la création monétaire n'est pas sans risque, notamment en matière d'inflation. Le risque est d'autant plus grand qu'un gouvernement peut être tenté d'y avoir recours au lieu de prendre des mesures impopulaires pour sa base électorale, comme celle d'accroître les recettes fiscales. La maîtrise de la politique monétaire suppose un contrôle démocratique de tous les instants.

 

Ces raisons et cette dernière condition sont aux antipodes des dogmes néolibéraux. La loi de 1973 n'instaure pas un contrôle démocratique sur la création monétaire ; au contraire, elle en supprime toute possibilité pour le financement des déficits publics, et elle met les gouvernements entre les mains des marchés financiers. Il s'agit d'un acte fondateur (mais destructeur), dans la mesure où il permet l'emprise des marchés financiers sur les États. Cette disposition sera intégralement reprise lors de la création de la Banque centrale européenne (BCE). L'article 101 du traité de Maastricht (2) qui figure à l'identique dans le traité de Lisbonne, indique ainsi : "Il est interdit à la BCE et aux banques centrales, aux autorités régionales, aux autres autorités publiques (3)." L'UE se place donc volontairement au service des marchés financiers.

 

En Italie, Mario Monti va devoir affronter la grogne populaire alors qu'il continue d'appliquer à la lettre la feuille de route tracée quand il a pris ses fonctions. Ironiquement, c'est lui, le seul dirigeant européen non-issu d'un scrutin démocratique. Il n'a d'ailleurs pas hésité à envoyer quelques pics à ses "amis" franco-allemands, leur reprochant tout simplement d'être la cause du problème européen : "Bien sûr, si le père et la mère de la zone euro violent les règles, vous ne pouvez pas espérer [que des pays comme] la Grèce les respectent", a-t-il déclaré cette semaine. Ambiance !

 

1 000 milliards ou rien...


« Illustration que nos élites n'ont toujours rien compris à ce qui se passait : la bataille qui fait rage en ce moment est la capacité du pare-feu européen. L'OCDE a fixé une barrière à 1 000 milliards d'euros comme étant le minimum pour contrer la propagation de la crise en zone euro. L'Allemagne ne veut elle que 700 milliards – mais en fait, elle semble surtout chipoter pour la forme et uniquement dans le but de voir l'un des siens remplacer Jean-Claude Juncker à la présidence de l'Eurogroupe ». Je vous rappelle que le pare feu est un système qui permet de prêter à des pays qui ne rembourseront jamais. Pas vraiment une solution donc...

 

Portugal, Espagne puis France : les dominos vont tomber


Après l'euphorie du "happy-end" au feuilleton grec – dont on sait déjà, cher lecteur, qu'il est condamné d'avance puisquela Grèce ne tiendra pas ses objectifs imposées – c'est désormais la contagion qui va pouvoir reprendre tranquillement.

 

Portugal, Espagne, France : trois pays dont les dirigeants n'ont, semble-t-il, pas pris la mesure du problème. Malgré les efforts désespérés de la BCE qui a inondé les banques de liquidités, les crédits aux entreprises et aux particuliers a encore marqué le pas en France le mois dernier alors que la masse monétaire M3 ne cesse de grossir illustrant le problème d'utilisation des liquidités. A tel point que certaines petites entreprises doivent se mutualiser pour obtenir des financements !.

 

On le voit, l'accroissement de la dette n'a rien à voir avec une quelconque explosion des dépenses publiques - cette prétendue "préférence pour la dépense publique" que dénonce le Medef et le gouvernement - , mais tout à voir avec les politiques néolibérales menées depuis plus d'un quart de siècle. Ce sont la réduction des recettes et la politique monétaire combinée au recours aux marchés financiers qui sont à la source du gonflement de la dette publique, et ce avant m^me l'éclatement de la crise financière.

 

(1) Loi n°73-7 du 3 Janvier 1973

(2) Il s'agit du traité instituant la communauté européenne.

(3) Article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne

Source : Le piège de la dette publique, comment s'en sortir, éditions LLL réf : ISBN 978-2-918597-29-2 Auteurs : Jacques Cossart : ancien économiste dela Banque mondiale, Jean-Marie Harribey : économiste, Esther Jeffers : économiste, Pierre Kahlfa : porte-parole de l'Union syndicale Solidaires, Antoine Math : chercheur à l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales), Evelyne Dourille-Feer : économiste, Michel Husson : économiste à l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales), Dominique Plihon : économiste, Eric Toussaint : président du CADTM-Belgique (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde).



31/03/2012
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